Le Kwafe Slam, le lieu où j’ai crié au monde que j’écrivais

Le Kwafe Slam, le lieu où j’ai crié au monde que j’écrivais

Lors d’une banale conversation au cours de l’été 2019, je me suis rendu compte que je ratais depuis des années des soirées de slam à Nancy, des soirées à lire et à écouter de la poésie. Mince. J’ai alors réalisé que j’avais peut-être ma place là-dedans, moi qui écrit depuis toujours. J’ai vite noté l’info: les soirées reprenaient en septembre et elles se déroulaient chaque premier mercredi du mois…

Le slam, déjà, c’est quoi ?

Je n’ai pas trouvé plus belle description que celle de la page Facebook du Kwafe Slam lui-même. Alors je me permets de leur emprunter leur présentation :
« Le mot « Slam » vient de l’argot américain, et signifie « claquer ». Le slam, c’est de la poésie ouverte à tous, qui claque quand on la dit, en rythme et en rimes. Dans le cadre de la poésie orale et publique, il s’agit d’attraper l’auditeur au vol avec les mots, les images, afin de le séduire, l’émouvoir. Le slam donne la possibilité à tous de dire de la poésie, à l’occasion de soirées organisées dans des cafés et des lieux publics. Qu’il soit lu, récité ou improvisé, le slam correspond à un moment au cours duquel on peut dire n’importe quelle forme de poésie : rimée ou pas, métrée ou pas, qu’importe la forme pourvu que l’expression et les émotions soient au rendez-vous. C’est une poésie de l’instant, qui n’a pas vocation à dépasser le cadre de cet instant. La scène slam est un lieu de vie, d’échange, de réactions spontanées, d’expérimentation et de tolérance. Elle permet de reconstituer un tissu social, aujourd’hui mis à mal par les inégalités, la violence et l’incompréhension dans notre société. »

Et une soirée au Kwafe Slam à Nancy, ça consiste en quoi ?

Rien de plus simple ! Il suffit de mettre son petit nom (au choix : prénom, nom d’artiste, surnom…) dans le chapeau et d’attendre patiemment que Fred et Tanguy vous appelle. Et oui, on peut aussi bien passer le premier comme le dernier ! Ensuite, quand c’est à votre tour, sous une pluie d’applaudissements, vous rejoignez le micro (ajusté à votre taille en plus, ça aide !) et c’est à vous de jouer.

Quelques règles toutefois… Si le sujet, le style et la langue sont vôtre, il vous faudra tout de même vous limiter à 3 minutes de passage, et le tout sans instrument ni accessoire. Après cela, la récompense : un verre offert ! (Un bonbon pour les enfants, car oui même les enfants sont les bienvenus à déclamer leur poésie). Mais surtout, des sourires et des applaudissements qui vous réchauffent le cœur.

Mercredi 4 septembre, la révélation

Ni une ni deux, je me suis présentée le 4 septembre devant le bar « Le Royal » à Nancy pour assister à ma première soirée de slam. Timide, j’ai pas osé déposer mon nom dans le chapeau. Non. D’abord, je voulais voir et après… après on verrait. La première personne est passée. Je ne me souviens plus ni qui elle était ni ce qu’elle a proposé. Je me souviens seulement avoir été suspendue de cette minute jusqu’à la dernière cette soirée là. Les personnes se sont succédées pendant trois heures. De l’humour, à l’amour, du drame au cynisme. Je ne me reconnaissais pas dans toutes les histoires, mais je me reconnaissais dans chaque émotion. Et plus étrange encore, je me sentais chez-moi. Oui, chez moi. Entourée de personnes « comme moi ». Mince, ce décalage ressenti tout ce temps à cacher ma passion, le voilà qui s’envolait soudain. Je voyais ces gens braver leurs craintes, se lancer et en ressortir si fiers. Cela donnait envie…

Mercredi 2 novembre 2019

Pendant un mois, une grande partie de mon esprit est resté dans cette salle, éparpillé entre les mots. J’avais noté la date de la prochaine session en me disant « bon peut-être que j’y vais et peut-être bien que je vais lire quelque chose ». Les jours ont passé et j’avais peur. Un truc pareil, jamais je n’avais osé ! Et puis, le dimanche précédent la session de novembre, je pensais à ma grand-mère. Elle était partie l’année avant et la douleur était toujours aussi profonde, je n’avais pas réussi à en parler, préférant fuir chaque conversation. Un hasard peut-être, mais elle était partie un 2 novembre. Un an. Ca allait faire un an. Je me suis alors dit que c’était le moment, le bon moment. J’ai attrapé un carnet et les mots ont déferlé sur le papier. Je m’étais retenue depuis si longtemps qu’ils se bousculaient pour exister et parler pour moi.

Le jour J, armée de mon carnet et de mes béquilles (oui sinon c’est moins drôle), j’ai sans une once d’hésitation déposé mon nom dans le chapeau. Pas d’hésitation car je savais que c’est ce qu’il me fallait. Me réveiller et être, tout simplement. Seulement trente minutes après le début de la session, j’ai entendu mon nom. La foule s’est mise à applaudir. J’ai réalisé que je devais y aller. « Mais qu’est-ce que j’ai fait ?!! ». Et puis, mon corps s’est levé sans même que ma tête ne l’y autorise, car lui aussi savait que ce serait bon pour moi. Mon corps, je l’avais trop négligé, mon esprit l’avait bien souvent dévasté. Attrapant mes béquilles, je m’avança et une fois mon micro installé, j’inspira un grand moment avant d’oser finalement lever la tête et regarder les spectateurs, mes spectateurs. Les mots défilèrent. Je n’avais écrit ce poème que trois jours plutôt mais je pense en avoir rêvé chaque mot des mois durant. « Elle me tenait la main » reste le poème dont je suis la plus fière car il est à la fois noirceur, amour, tristesse et fierté. Il est à semblable à la vie. Il est moi. J’étais déjà moi avant ce poème, sauf que personne ne m’avait encore vraiment rencontré. Je me souviens avoir reçu de si jolis mots de personnes totalement inconnues qui sont venues me soutenir dans mon chagrin mais également dans la poursuite de mon écriture. J’étais soutenue, j’étais reconnue.

Depuis…

Les sessions ont continué et j’ai pris de plus en plus confiance en moi, j’ai pris de plus en plus de plaisir à faire rire et à émouvoir les personnes présentes. J’ai même participé à des concours. Quelle fierté. Malheureusement, les deux dernières années ont été marquées par vous-savez-quoi et les sessions se sont arrêtées. Plusieurs mois de frustrations et j’ai décidé d’ouvrir ce blog, j’avais besoin d’un endroit, même virtuel, pour continuer de m’exprimer, d’être à nouveau. Et puis, voilà, nous avons décidé de partir de la région, puis de la France. En y repensant, le Kwafe Slam était sur la liste des « contre à partir ». Je surveille de temps à autre les dates pour y faire coïncider une visite en France.

Un mot pour la fin ?

Si vous êtes de Nancy ou même si la route ne vous gène pas, alors foncez ! Chaque premier mercredi du mois, les slameurs et les slameuses vous y attendent. Pour lire ou tout simplement écouter des textes fabuleux, je vous le conseille à mille pourcents: Page Facebook du Kwafe Slam de Nancy.
Je ne remercierai jamais assez ce lieu et ces personnes aussi magiques que magnifiques. Je n’y suis pas allée autant que je l’aurais souhaité, mais je suis certaine que sans cet endroit, je n’écrirais probablement pas ce blog, je n’oserais pas dire à voix haute « je suis écrivain » lorsque l’on me demande ce que je fais. J’aurais peut-être fini par arriver au bout d’un roman tôt ou tard, mais jamais avec la passion que je ressens depuis plus de deux ans.

Merci le Kwafe Slam.

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