Nouvelles·Writing

Le sourire, une douce et contagieuse maladie

Imaginez que vous détenez le souffle nécessaire à une multitude de personnes. Imaginez qu’en un seul et simple geste, vous transmettez ce souffle et permettez de retirer du poids des épaules de ces gens. Je l’ai expérimenté en à peine dix secondes, ma voiture arrêtée à un stop, les doigts crispés autour du volant.

C’était un mardi. Non, un jeudi. Ou alors c’était peut-être un vendredi. Voilà à quoi ressemblait mon quotidien d’étudiante confinée: tous les jours la même chose et l’envie que les jours passent vite pour espérer quelque chose de mieux. Bref, c’était un jour, lequel on ne saura jamais mais qu’est-ce que ça change? J’avais rendez-vous chez le médecin, un remplaçant d’un remplaçant, j’étais aux anges. J’arrive cinq minutes avant, prévoyante de trouver une place à temps. Il devait être 17h00, l’heure parfaite pour prendre la voiture après la séance de yoga qui était supposée me relaxer jusqu’au soir: non, perdu. Je serre les dents, mes doigts se crispent sur le volant jusqu’à ce qu’un miracle se produise. Merci à cette femme de décider de ne pas prendre de pommes et de rentrer plus tôt, je prends sa place avec grand plaisir. Je me gare, ferme la porte, cours, réalise que je n’ai pas mis mon masque (après un an, y’en a pour qui c’est plus long à ancrer), je retourne à la voiture, farfouille dans ma boîte à gants, un voilà un. J’arrive vers le nouveau bâtiment, je cherche en vain la porte. Une femme arrive également, je lui demande de l’aide, je me fais envoyer paitre et d’une façon plus qu’impolie. J’avais pourtant demandé poliment… Je décide alors de la suivre, au moins, elle me servira à quelque chose.

J’attends mon tour, le médecin est en retard, bien évidemment ! Tout ça pour rien. Je le savais mais pourtant j’ai couru et je me suis énervée. Mon tour arrive, le médecin se goure de diagnostic, fait plus de mal qu’autre chose, ça c’est une autre histoire. Je ressors du cabinet en ne pensant qu’à une chose: je peux rentrer ! Sauf que je rentre pour finir d’imprimer mon mémoire et doit encore aller le relier. Mais quand est-ce que ça se termine cette journée de m****? Je sens mes cheveux virer au blanc les uns derrière les autres tandis que je rejoins ma voiture. Je monte enfin dans ma voiture, garée bien évidemment à l’autre bout du cabinet, au moins j’aurai fait plus que 200 pas dans la journée, ça change ! Ca y est, je démarre, je cherche une musique qui ne m’insupporte pas trop, en pensant à mon copain qui va probablement devoir gérer la tornade qui s’apprête à rentrer. Peut-être choisira-t-il la fuite dans le jardin, je le comprends. Les mauvaises herbes c’est toujours plus sympathiques qu’une femme stressée.

Je fais le tour du parking, m’insère dans une ruelle étroite, me trompe de chemin (bien évidemment). Je suis une longue ruelle à sens unique qui débouche sur un stop. Je ne peux prendre qu’à gauche ou à droite. Je m’arrête à ce stop, cherchant une fois de plus ma route. Je m’énerve encore, cette fois contre moi, comment c’est possible d’être aussi incapable de se repérer ? Je sens mon estomac remonter dans ma gorge, mon cœur s’accélère et plus je pense à rentrer chez moi, moins je trouve la route. Je sens les larmes monter, maintenant je m’énerve car je pleure à la moindre émotion, comment c’est possible de pleurer autant ? Puis je lève mes yeux et regarde droit devant moi.

Je vois une femme d’environ 70 ans, les cheveux blancs, une blouse jaune avec des petites fleurs vertes. Elle est à sa fenêtre, les bras posés sur le rebord. Elle regarde l’horizon, je me demande ce qu’elle voit, à quoi elle pense. Peut-être aux gens perdus qui passent dans sa rue. Peut-être s’en amuse-t-elle. Peut-être rêve-t-elle de voir sa famille et de serrer ses proches, d’aller manger une part de tarte à la quetsche chez les voisins, d’entendre les enfants rire et jouer dans le parc et râler car finalement ils font trop de bruit.
Je songe à toutes les pensées qui pourraient passer dans sa tête, et finalement elle tourne sa tête et me regarde. Elle semble triste, perdue dans ses souvenirs. Je suis énervée, toujours mes mains crispées autour de mon volant. Puis, une chose merveilleuse se produit. Je lui souris et aussitôt elle me sourit en retour. Nous restons à peine une ou deux secondes à nous sourire. Mais avant de redémarrer du stop, je sens un poids s’envoler de ma poitrine, je me sens plus légère, la tension accumulée lors de la journée semble avoir disparu derrière ce sourire. Je reprends le route et je ne pense plus à ce qui m’a énervé juste avant, non, je passe le chemin du retour à penser à cette femme. J’espère avoir réchauffé son cœur comme elle a su réchauffer le mien à cet instant précis.

Je ne la connaissais pas, je ne la connaitrai jamais. Pourtant, cet échange m’a permis d’apporter ensuite un sourire en rentrant à la maison auprès de mes proches. Si cette année a montré que les virus étaient contagieux et mortels, j’ai constaté en un aller-retour chez le médecin à quel point un sourire et la chaleur humaine qui s’en dégage était la plus contagieuse des douces maladies. J’avais propagé du bonheur comme on propage un rhume et j’en étais fière.

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