Un peu de moi·Writing

Tu peux me passer le plat?

Et si je vous disais tout simplement que cette phrase est mon rêve ? « Tu peux me passer le plat?« . Oui, mon aspiration dans la vie, mon fil conducteur, le voilà. Il n’est pas un projet immédiat, il est l’aboutissement de chacune de mes décisions.

Quand j’étais petite, ça n’a jamais été l’entente parfaite avec toute ma famille. Du moins, du côté de ma maman. Du côté de mon père, et bien ça va relativement plus vite: je ne le vois pas donc je ne les vois pas. Cependant, j’ai grandi dans une bulle: la bulle de Megane ! Dans cette bulle, il y a avait ma mère, ma grand-mère, mon grand-père et … un chat, un lapin, une vingtaine de poissons, et probablement la même quantité d’escargots secourus. Je m’accrochais à eux comme si, et bien comme si je n’avais qu’eux, car effectivement je n’avais qu’eux. Mes souvenirs d’enfance sont chargés de ces moments autour d’une table, à rire, à montrer mes notes d’école, à voir mon grand-père tendre une main vers mon assiette car et bien « non, je ne mange pas les trottoirs des tartes aux fruits ».

L’année de mes 13 ans, mon grand-père décède. Je grandis tant bien que mal, et les séries TV deviennent ma figure paternelle (Dr Quinn si tu passes par là !). Les repas se font désormais à trois, quatre si Caramelle, notre chat, grimpe sur la table.
Et je continue de m’accrocher et à me réfugier dans cette bulle. Que c’est confortable ! Cette bulle, et bien dedans il y a de l’amour, des rires, des blagues, des anecdotes que seules nous trois comprenons, des chansons qui nous font sourire en un instant, des souvenirs que nous évoquons avec tendresse.
Chaque Noël, il y a de plus en plus de cadeaux, à trois nous réussissons à cacher le tronc du sapin. Une façon, en quelques sortes, de compenser pour tous les cadeaux des personnes absentes. On s’en contente, on fait avec, on y trouve notre dose de bonheur.

Puis, les années passent et nous rattrapent. Elles rattrapent ma grand-mère surtout. La bulle de Megane devient peu à peu la bulle de Gigi. Je cède alors ma place d’enfant de la famille. Elle a quatre fois mon âge, pourtant, nous veillons sur elle comme sur un enfant qui fait ses premiers pas. Les fêtes de Pâques changent, désormais c’est moi qui cache les œufs en chocolat, et elle qui, amusée, les cherche. A Noël, c’est la surprise des cadeaux le 25, et ma mère et moi en cuisine pour tenter de trouver quelque chose qu’elle aime manger.

En attendant, je nourris mes rêves grâce aux films de Noël qui passent tous les jours de décembre à la TV. La même histoire en boucle, seuls les acteurs et les lieux changent. Si j’écoute à peine l’histoire, je regarde surtout avec envie les grands rassemblements. Tous ces gens autour d’une table, à rire et partager leurs moments. Je regarde tristement la nôtre et n’y voit que trois assiettes, en attendant désespérément le jour où cette table serait remplie d’assiettes et de rires. Pourtant, nos rituels sont les nôtres, et je ne les aurais changé pour aucun autre.

Il y a deux ans, elle est partie, emportant avec elle son assiette. Une personne en moins, et c’est comme si une foule était soudainement partie de la pièce. Noël a perdu de son charme. C’est une période devenue assez étrange pour moi. Ma personnalité folle de Noël s’active et hurle « on met le sapiiiiiin » dès le 1er décembre, alors que penser au 24 et 25 m’angoisse et creuse un trou au fond de mon estomac. Entendre les gens planifier leurs fêtes me rend triste. Non pas car ce que j’ai ne me convient pas, mais car, égoïstement, j’en veux plus.

Alors oui, « tu me passes le plat » reste la phrase que je rêve, un jour, d’entendre à ma table. Avoir assez de personnes autour de moi pour avoir besoin qu’on me passe le plat. Cuisiner des heures et des heures, en faire dix fois trop, recommencer le lendemain. Ne pas avoir un moment de silence avant que tous les minis moi ne soient couchés. Que les plus jeunes apprennent des plus vieux, et inversement.
Remplir ma tête de nouveaux souvenirs. Raconter tous les anciens. Se laisser surprendre par les futurs.

Un jour, on me passera le plat.

2 commentaires sur “Tu peux me passer le plat?

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