Un peu de moi·Writing

Mon vieux bureau

Il est vieux, tâché, griffé, démodé dirait certain. Pourtant, il n’y a aucun bureau que je ne souhaiterais si ce n’est lui. J’ai toujours été bien plus inspirée pour écrire à l’extérieur: à la plage, sur un banc sous un arbre, dans un petit pub en Irlande. Bref, vous comprenez vite que n’ayant pas cela à portée de main, encore moins en ce moment, il faut bien trouver un autre endroit. Pas besoin de chercher plus loin, cet endroit existe déjà, il existait déjà même avant ma naissance.

Pour raconter l’histoire de ce bureau, il y a une date à retenir: le 15 décembre 1977. Je ne sais pas vraiment à quoi correspond cette date. Mais elle est tamponnée sous la planche principale. Peut-être sa date de « naissance »? Dans un mois, cher bureau, tu auras 43 ans.

A cette date, ma mère venait d’avoir 14 ans. A cette époque, elle fuyait doucement l’école. Ce bureau fut une tentative vaine de la faire retrouver les couloirs de l’école. Quand on en parle aujourd’hui, elle me dit d’ailleurs en rigolant, se souvenir à peine s’y être installée.

Laissé à l’abandon, il restait dans l’ancienne chambre de ma mère. Une fois née, la maison de mes grands-parents étant devenu ma seconde maison, la chambre de ma mère est devenue par conséquent ma seconde chambre. Très vite, je dis même très très vite, ce bureau fut mon siège. Lorsque je m’y installais, tout était possible. Je jouais à la maîtresse, des heures et des heures. Je dévorais chaque page des encyclopédies rangées dans les compartiments. Je disparaissais derrière ces pages de savoirs, jusqu’à ce que l’appel du goûter retentisse. Ma grand-mère venait me chercher pour déguster un morceau de pain et des noix fraîches ramassées par mon grand-père. Au moment du coucher, mon chat grimpait dessus et s’en servait comme tremplin pour atteindre l’armoire. Quelques coups d’élan, en tortillant son derrière, et en griffant bien sûr le bois. Puis, une fois au sommet, elle restait là à me regarder m’endormir. Je me sentais tellement en sécurité à ces moments-là. Jamais je ne l’ai disputé de griffer ce bureau.

Les années passèrent, mes grands-parents s’en allèrent. Il fallait vider cette grande maison. A cet instant, garder ce bureau fut une évidence. Aujourd’hui encore.

Aujourd’hui, il a quelques peu changé de décors. Un ordinateur prend une grande place au centre, une lampe « Pixar » verte me sert de lampadaire, une bougie et une tasse de thé siègent, fidèles à leurs postes. Pourtant, lorsque mes yeux se promènent, ils voient ces griffes. Et lorsque je mets mes mains dessus, je ressens cette sécurité autrefois mienne. Et parfois, lorsque j’ouvre la porte pour y ranger des dossiers, j’aperçois, pendant une fraction de seconde, mes encyclopédies rouges et cornées.

Je crois que les meubles ont des souvenirs. Celui-là en regorge…

Et ce sont les miens

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